"Mélodie d’amour chantait le cœur d’Emmanuelle, qui bat cœur à corps perdu. Mélodie d’amour chantait le corps d’Emmanuelle, qui vit corps à cœur déçu". Portées à l’écran par Just Jaeckin, les aventures d’ Emmanuelle ont imprégné l’été 74 d’un délicieux parfum de scandale. Malgré l’érotisme assumé de ce conte initiatique, le gouvernement giscardien autorisera sa sortie en salles, et lui appliquera une simple interdiction aux moins de 16 ans. Pendant 10 ans, 9 millions de spectateurs se sont pressés dans les salles françaises pour y découvrir les courbes de Sylvia Kristel, abandonnée aux jeux de l’amour…
Imprégné de l’esprit libertaire de son époque, Emmanuelle marque par son refus de l’obscène. Filmée avec suggestivité, son héroïne teste avec pudeur le champs des possible (le saphisme, le triolisme, les amours inter-générationels), et se détourne volontiers des normes. Guidés par ses initiateurs et la voix paternaliste de Pierre Bachelet, elle repousse la dualité du couple, s’ouvre à la pluralité, et découvre sa féminité au terme d’un long voyage initiatique. Il faudrait rendre le couple hors-la-loi. Il faudrait de force y faire rentrer quelqu’un. Une troisième personne. Marqué par une remarquable mise en scène, le film souffre d’un jeu d’acteurs discutable et de dialogues soporifiques. Reste un agréable témoignage de la libération sexuelle post-soixante huitarde…

















